Et si on continuait...
Mon enfant, que ta main ne tremble pas. Continue à écrire ce que je n’ai jamais pu dire. Continue à écrire ce que mon instruction ne m’a jamais permis de transcrire dans un bon français. A force de mal parler plusieurs langues. J’ai baragouiné un mauvais espagnol, un mauvais arabe, et maintenant un français si imparfait. Je n’ai pas l’instruction, le vocabulaire, le sens des belles phrases des livres que je ne peux même plus lire. Comment n’être qu’une femme ordinaire ? Nous n’avons pas heureusement reçu de nos parents, ce sens aigu de l’apparence que vous avez aujourd’hui. Mais si l’on n’est que ce qu’on est, il n’en demeure pas moins que l’on peut-être admirative du travail des autres.
En rien envieux, en rien jaloux, mais capables d’apprécier.
Nous avons été très fiers, ton père et moi, de tes études, de ton parcours, même si nous savons que cela a du être dur et que ton côté solitaire t’a fait porter des choses que tu n’as pu partager. On a pu se sentir coupables ou fautifs, responsables sans doute, mais cela t’a permis d’être ce que tu es aujourd’hui.
Que ta plume ne tremble pas. Je n’ai plus les mots, ni l’esprit, si je ne les ai jamais eus d’ailleurs. Tout se bouscule, tout se brouille, tout s’éparpille, se confond, s’efface. N’est-ce là que ce qui reste de nous après notre départ ?
Si ce crabe dans ma tête envole mon esprit, vole-t-il aussi ma personne ?
Je ne me pose plus la question d’après. J’ai toujours eu une foi en Dieu, charbonnière peut être, mais bien présente. Je retrouve les miens là-haut. Ma maison secondaire qui accueille déjà une partie de la famille est prête. Nos enfants n’auront pas ce souci là.