Globalia
La démocratie dans Globalia est universelle et parfaite, tous les citoyens ont droit au " minimum prospérité " à vie, la liberté d'expression est totale, et la température idéale. Les Globaliens jouissent d'un éternel présent et d'une jeunesse éternelle. Évitez cependant d'en sortir car les non-zones pullulent de terroristes et de mafieux. Évitez aussi d'être, comme Baïkal, atteint d'une funeste " pathologie de la liberté ", vous deviendriez vite l'ennemi public numéro un pour servir les objectifs d'une oligarchie vieillissante dont l'une des devises est : " Un bon ennemi est la clef d'une société équilibrée. "
Un grand roman d'aventures et d'amour où Rufin, tout en s'interrogeant sur le sens d'une démocratie poussée aux limites de ses dangers et de la mondialisation, évoque la rencontre entre les civilisations et les malentendus, les espoirs et les violences qui en découlent.
Prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil, Jean-Christophe Rufin délaisse cette fois le roman historique pour une fable visionnaire sur la mondialisation. Je découvre cet auteur, médecin de l'humanitaire, et son oeuvre, cadeau de ma nièce pour Noël. A lire absolument...
Citoyens de Globalia, Kate et Baïkal ont vingt ans. Globalia est une immense zone sécurisée et sans frontière, une démocratie poussée aux limites de ses dangers où la liberté individuelle est étroitement surveillée. « Chacun y est libre de ses actes. Or, la tendance naturelle des êtres humains est d'abuser de leur liberté, c'est-à-dire d'empiéter sur celle des autres. La plus grande menace sur la liberté, c'est la liberté elle-même. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité, c'est la liberté. La sécurité, c'est la protection. La protection, c'est la surveillance. La surveillance, c'est la liberté. »
Baïkal ne croit à aucun des dangers que Globalia affirme affronter pour se protéger, qu'il qualifie d'inventions et de propagande. Las des mensonges souriants, des célébrations de la liberté et du bonheur destinés à enrober la violence et la réclusion, Baïkal n'a plus qu'un objectif : s'évader et pénétrer en non-zone. Il s'enfuit avec Kate, ils sont arrêtés et Baïkal se voit proposer un étrange marché : être envoyé en non-zone et susciter des vocations de terroristes pour que se perpétuent les formes de la tragédie nécessaire au totalitarisme de Globalia. Pour Baïkal, c'est une occasion de fuite inespérée. Kate, de son côté, continue d'affronter la vie ordinaire dans l'attente de leurs retrouvailles…
À la manière d'un George Orwell ou d'un Aldous Huxley, Jean-Christophe Rufin explore le roman d'anticipation en digne observateur du réel. En mettant en garde contre les « avenirs radieux » de la mondialisation, Globalia est un authentique chef-d'œuvre qui ne laisse à aucun moment indifférent. Forte d'une écriture toute en finesse et envoûtements, voilà une narration hors du commun, tout aussi palpitante que terrifiante.
Le roman se déroule dans la deuxième moitié du 21ème siècle. La planète est devenue le siège d'une démocratie universelle, Globalia, qui rassemble sous la bannière des droits de l'homme et des libertés individuelles l'ensemble de l'humanité. Tel est du moins le discours officiel, abondamment relayé par les médias.
En réalité, Globalia est un archipel de territoires protégés par d'immenses bulles de verre, coupés d'un monde extérieur officiellement constitué de terres sauvages et désertes où la Nature a repris ses droits : Globalia est foncièrement écologiste.
[…] Or à l'extérieur des zones protégées vivent bel et bien des humains, exclus de la prospérité globalienne… Ils sont réputés très peu nombreux et " terroristes ". La presse électronique fait état régulièrement de bombardements dont les campements terroristes des " non-zones " font l'objet ; et des attentats en zone protégée, de temps à autre, rappellent à la population qu'elle doit rester soudée dans l'idéal démocratique face au danger terroriste.
Au nom de la démocratie, chacun est surveillé en permanence, car la démocratie ne saurait exister sans son corollaire sécuritaire.